Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
29 Sep

Les dessous de la littérature fantastique

Publié par Troltinet  - Catégories :  #Cartographie de l'imaginaire

Pourquoi sommes-nous fasciné par la peur ? Pourquoi Troltinet a-t-elle toujours été captivée par la monstruosité? Où se situe sa propre part de ténèbre ?


Pour ceux qui comme Troltinet se passionne pour ce sujet, il vous est proposé une bibliographie sélective et non exhaustive d’ouvrages mettant en scène les grands méchants du genre fantastique.

Pour ceux qui cherche un premier niveau d’information sur ce type de littérature, voici une petite synthèse qui décrit cet abobiffreux genre.



C’est quoi le fantastique ?

Le fantastique est un phénomène littéraire qui a pris son essor à l’époque où l’on a cessé de croire à l’existence des fantômes : l’homme crédule avait peur malgré lui, mais en évoluant, il s’amuse à se faire peur en ayant recours aux spécialistes de l’épouvante que sont les romanciers fantastiques.


Un peu d’histoire :

Les premiers romans noirs ou « gothiques » (expression née en 1764 avec le roman « le château d’Otrante » d’Horace Walpole), tout en puisant dans les légendes et le folklore les matériaux de base de leur récit, s’en éloignent et s’en distinguent par une exaltation des sentiments et des intrigues complexes.

Au XIXe, les Romantiques comme Hoffmann, Nerval ou Gautier se passionnent aussi pour le genre fantastique. Les auteurs s’attachent à décrypter les conflits intérieurs de l’homme en proie à ses désirs et ses démons. Les progrès de la science et des techniques donneront également matière à des œuvres dite de « merveilleux scientifique », précurseur de la science-fiction autour des personnages de Frankenstein et du Docteur Jekyll et Mister Hyde.

Au Etats-Unis, Edger Allan Poe pose les bases du fantastique moderne, « l’épouvante » et impose des textes sombres qualifiés de « néogothiques » qui auront une influence majeure sur les générations d’écrivains suivants.

Au XXe, les auteurs comme Stephen King, Graham Masterton ou John Saul vont bénéficier de l’expansion éditoriale, de la démocratisation du cinéma, de la télévision et de la BD pour imposer leur roman d’horreur.


Comment procède le fantastique ?

Le fantastique introduit brutalement une part de mystère dans un contexte de vie réelle ou quotidienne. Cette apparente vraisemblance produit alors chez le lecteur un doute : « et si ce mystérieux évènement était possible en réalité ? »

Plus le lecteur doute, plus l’inquiétude grandit. Pour Lovecraft, le ressort principal du fantastique est la peur avec laquelle il vit en état d’osmose : « Nous devons juger le conte fantastique en fonction de l’intensité émotionnelle qu’il provoque en nous… si le lecteur ressent un sentiment de crainte et de terreur, la présence de mondes et de puissances insolites ».

Le fantastique provoque donc un temps d’hésitation où le lecteur s’interroge sur la plausibilité, la véracité de l’histoire narrée. Peut-on y croire ? Est-ce qu’il est possible que cela arrive ? Et durant le temps de cette incertitude, l’intrigue profite de cette brèche ouverte pour alimenter le trouble, la peur, parfois l’angoisse toujours liée aux cauchemars les plus singuliers de l’être humain.


Le fantastique puise ces matériaux dans la réalité de la psychopathologie :

La folie et la mort ont toujours nourri les terreurs humaines. Ainsi, les psychopathes inspirent la peur ou sont eux-mêmes terrifiants lorsque leur folie, dans la recherche exacerbée du plaisir, les mène vers des actes effroyables, dont l’horreur suscite chez le quidam à la fois répulsion et attraction. C’est finalement là où se loge l’angoisse du lecteur : dans cette espace intérieur et inconscient où se situe la frontière entre son dégoût et sa fascination pour le morbide et la violence.

De grands psychopathes ont marqué l’histoire et engendré des légendes persistantes, profondément ancrées dans l’imaginaire collectif. Ainsi tous ceux qui se sont laissés aller dans la satisfaction des plaisirs pervers de la mort et du sang sont entrés dans la légende et l’ont alimentée. Ceux qui accumulèrent viols, incestes, sadisme et mutilations, infanticides, nécrophilie ou nécrophagie sont à l’origine des mythes des loups-garous, des vampires, des revenants ou des possédés du diable.


Gilles de Rais (1404 - 1440) est le premier grand assassin passé à la postérité qui tua des centaines d’enfants dans le but de jouir sexuellement.
Les actes terribles de Gilles de Rais prennent source à la fois dans son histoire personnelle qui en fait un psychopathe, et dans la société de son époque qui en fait un Seigneur, un noble qui possède tous les droits, dont celui de vie et de mort pour son unique plaisir.
Gilles de Rais croyait agir dans la plus parfaite impunité. Ce qui peut expliquer que les légendes font souvent des vampires et de ceux qui jouissent de la chair ou de la souffrance des autres, des représentants de la couche dirigeante de la féodalité...


Il en est de même de Vlad Tepes dit Vlad Dracul, prince de Valachie (1431 - 1476), de la comtesse Erzsébeth Bathory (1560 - 1614) et de Jack l’Eventreur qui lui aussi était vraisemblablement un membre des plus hautes couches sociales du pouvoir.


Quelle que soit l’idéologie qui les motive, les guerres furent aussi l’occasion pour les psychopathes d’exercer leur perversité. Un exemple avéré est celui du régime nazi, avec son gigantesque système de mise à mort et de tortures que furent les camps de concentration. Ainsi le système politique nazi lui-même favorisa les activités meurtrières d’assassins qui trouvaient là l’occasion de torturer et de tuer dans la plus parfaite légalité.



Jung écrit à ce sujet : « A tout instant quelques millions d’hommes peuvent être pris de folie qui nous précipitera à nouveau dans une guerre mondiale ou dans une révolution dévastatrice. Au lieu d’être exposé à des bêtes sauvages, à des eaux débordantes, à des montagnes qui s’écroulent, l’homme d’aujourd’hui est menacé par les puissances élémentaires de la psyché. »


Le fantastique s’alimente donc de la folie meurtrière et de la psychopathologie pour interroger l’homme au cœur de ses terreurs intérieures. Et la mémoire collective transforme alors ces assassins en des êtres possédés par le démon, des créatures non humaines, des monstres mi-humains mi-animaux ou encore des morts-vivants.

Références pour cet article :
La folie dans la littérature fantastique / Gwenhaël Ponnau.- Ed. du CNRS, 1990
L’énigme des vampires / Jean Markale.- Ed. Pygmalion, 1991
Loups-garous, vampires et autres monstres / Jean Gœns.- Ed. du CNRS, 1993

 

 

 


Commenter cet article
L
Alors là, je viens de prendre un cours magistral sur la littérature fantastique. Comme quoi il était important que je vienne te voir. Je vois que tu t'aies remise au blog. C'est bien... Bonne fin de journée...
Répondre

À propos

Y en a des trucs dans ce machin !