Ici et maintenant

Engloutis sous un sable mouvant,
Deux cœurs abîmés, laminés, broyés.
L'un captif d'un étau suffocant
L'autre vomissant sa part sans jamais l'avaler.
Scellé à leur carcasse, le désespoir.
Sa douleur poisseuse administre leurs corps.
Les ramenant sans cesse vers le chemin des morts.
Pour contrer leur terreur
Ils s'accrochent à l'avenir, au passé, au miracle.
Et plus ils s'y attèlent,
Et plus ils se débattent,
Plus le sable insinueux les emporte vers le fond.
…Toujours plus profond.
Puis l'un des yeux empoissés de chimères,
Entre deux larmes versées, incise sa paupière,
Observe son cœur et lui dit :
« Pauvre petit cœur,
Naufragé dans ta propre demeure,
A contre-courant, tu t'épuises, tu luttes contre toi,
Laisses glisser l'instant sur toi.»

Une main du cœur pose sur lui un pansement d'instant,
Une trace de présent.
Et l'autre main flotte au gré du vent.
Maintenant, parfois, les sables s'épaississent,
Et d'un battement, le cœur gravit quelques marches.
… L'horizon s'élargit.
Quand progresse à nouveau,
Une trouble montée d'eau,
Je dépose une main sur mon cœur
J'ouvre l'autre vers l'instant,
Vers la vie telle quelle est,
Les sables s'épaississent,
Et d'un battement…
… L'espoir renaît de la prise en main de l'instant présent.